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LE QUÉBEC N’EST PLUS CE QU’IL ÉTAIT

En 1978, Jacques Bouchard publiait Les 36 cordes sensibles des Québécois d’après leurs six racines vitales. Jacques Bouchard, considéré comme le père de la publicité québécoise, voulait expliquer les clés de la publicité et convaincre ses clients de concevoir et de produire des campagnes publicitaires destinées spécifiquement au marché québécois.

Le livre a connu un succès spectaculaire et il est encore considéré aujourd’hui comme une référence pour ceux qui veulent saisir l’âme des Québécois et comprendre leur comportement « Nous allons essayer, écrivait-il au début de son livre, de cerner ce peuple québécois dans ses racines, là où il est fixe, immuable et tout nu, là où après un périlleux concours de circonstances, il s’est défini lui-même et donne un type social. »

Le génie de Jacques Bouchard a été de formuler de façon très simple et claire les caractéristiques perçues des Québécois. Si j’ai mis ces mots en italique, c’est que Jacques Bouchard a réussi à dessiner un portrait remarquable des Québécois, essentiellement à partir de ses intuitions et de sa vaste expérience.

Il l’a fait avec tellement de talent que personne ne s’y est véritablement risqué depuis la parution de son livre. Mon ami, collègue et coauteur Jacques Nantel, qui est un passionné de musique classique, serait peut-être tenté de faire le rapprochement avec ce que l’on a appelé la « malédiction de la neuvième symphonie ». Selon cette superstition, il a fallu 129 ans après l’extraordinaire neuvième symphonie de Beethoven, terminée en 1824, pour qu’un autre grand musicien classique réussisse à terminer une dixième symphonie. Ce sera le compositeur russe Chostakovitch en 1953,

Je reste admiratif du travail accompli par Jacques Bouchard, mais ses 36 cordes ont quand même un peu vieilli. Trente-sept ans plus tard, les Québécois d’aujourd’hui ne sont plus ce qu’ils étaient alors. Ils ont changé et près de la moitié des cordes sensibles ne s’appliquent plus aujourd’hui. L’anti mercantilisme, le mysticisme et l’esprit moutonnier ne sont plus présents. Nous ne souffrons plus d’un complexe d’infériorité, d’étroitesse d’esprit et notre bas de laine est percé. Nous sommes urbanisés encore davantage et nous avons perdu de cette simplicité, cette fidélité au patrimoine, cette finasserie et cette habilité manuelle perçues par Jacques Bouchard.

À l’inverse, les cordes sensibles comme la recherche du confort, la joie de vivre, le talent artistique, la super consommation, l’amour des enfants ou l’amour de la nature sont encore très présentes de nos jours.

J’ai en main des centaines de résultats de sondages qui montrent que nous avons moins peur du risque, que faire de l’argent n’est plus considéré comme un péché et que nous sommes beaucoup plus ouverts sur le monde.

Qui est le mieux placé, aujourd’hui pour évaluer les Québécois, sinon les Québécois eux-mêmes? C’est pour cela que nous avons réalisé une série de sondages exclusifs pour ce livre, afin que les Québécois se révèlent eux-mêmes.

Pierre Duhamel